📄 Philippe Sauret : « Un nouveau projet pour que le basket féminin prenne sa place à Reims »

Basket — par Julien Lampin, le 4 juillet 2024 (13:40)

Plusieurs mois après sa relĂ©gation en NF1, le Champagne Basket FĂ©minin se reconstruit. Nouveau coach, nouvelle Ă©quipe avec un peu plus de distance prise avec la section des garçons, et l’envie de remettre le basket fĂ©minin en haut d l’affiche. Philippe Sauret, le prĂ©sident des PĂ©tillantes se livre sans concessions sur les leçons des dernières saisons et l’avenir et les ambitions du club.

Philippe, Ă  l’heure des bilans, la saison passĂ©e n’a pas donnĂ© les rĂ©sultats espĂ©rĂ©s, c’est le moins qu’on puisse dire..

Oui, après 25 ans au plus haut niveau, en LFB ou LF2, nous sommes descendus sportivement. Le sport est ainsi fait, cela fait partie du jeu. La particularitĂ© du basket fĂ©minin, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’Ă©quipes dans les championnats, donc il faut bien dĂ©marrer. Ca n’a pas Ă©tĂ© le cas comme l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, mais on n’a pas eu le mĂŞme sursaut. L’annĂ©e d’avant, le renfort de Jill Townsend nous avait permis une nouvelle dynamique. Cette annĂ©e, on a recrutĂ© aussi, mais ça ne s’est pas bien passĂ©.

Comment s’explique cette relĂ©gation ?

Simplement, nous avions beaucoup de talents mais très jeunes. L’Ă©quipe Ă©tait programmĂ©e pour jouer le haut de tableau, mais on a Ă©tĂ© mis en difficultĂ© dès la première journĂ©e de championnat. On a aussi connu plusieurs blessures, notamment Stepha Mbaye qui Ă©tait absente Ă  l’ouverture de saison, alors qu’elle avait fait une très bonne prĂ©paration. Cette première dĂ©faite a mis beaucoup de pression au groupe. Ensuite ça s’est souvent jouĂ© de peu, avec plusieurs prolongations. Ca veut dire qu’on n’a pas su conclure les matchs. Avec la pression, et avec un manque de leaders, la sanction est tombĂ©e. C’est dommage parce qu’il y avait du potentiel. Mais le sport collectif, c’est savoir jouer ensemble. L’absence de Maaja Bratka a aussi pesĂ©. Ce n’est pas la joueuse la plus flashy mais elle apportait de la stabilitĂ© au groupe.

« L’Ă©chec de la saison reste difficile Ă  encaisser, parce que je m’Ă©tais fixĂ© comme objectif d’emmener le club vers la LFB »

Tout ça est digéré ?

Ca reste difficile Ă  encaisser sportivement, et pour le club, c’est compliquĂ© quand une saison se termine le 30 mars et que la convention du sport oblige Ă  payer les joueuses jusqu’au 30 juin. Quelle entreprise continue de payer ses salariĂ©s qui n’y travaillent plus ? Ca va changer la saison prochaine avec le passage de la Ligue 2 de 12 Ă  14 clubs. C’est une bonne nouvelle mĂŞme si on est descendus parce que pour que le sport fĂ©minin se dĂ©veloppe il faut plus de matchs pour attirer plus de partenaires et ne pas compter que sur les collectivitĂ©s. D’ailleurs l’affluence dans les salles progresse et les partenaires locaux sont contents de cet engouement. Maintenant, on peut toujours espĂ©rer plus de mĂ©diatisation.

Il y a eu un moment d’hĂ©sitation Ă  poursuivre en tant que prĂ©sident ?

Il a fallu le temps d’encaisser parce que je m’Ă©tais plutĂ´t fixĂ© comme objectif d’emmener ce club vers la Ligue FĂ©minine. On s’aperçoit que depuis 2-3 ans, on stagnait un peu. Nos ressources ont progressĂ© mais moins vite que d’autres clubs. Et puis il y a des clubs qui sont arrivĂ©s comme Voiron avec des gros moyens. C’est un modèle intĂ©ressant pour espĂ©rer y arriver un jour.

Place Ă  la nouvelle saison oĂą vous repartez de zĂ©ro (nouveau coach, nouvelle Ă©quipe). C’est voulu ou contraint ?

Un peu des deux. C’est un peu contraint parce qu’on a fait des propositions Ă  AurĂ©lie Lopez et des joueuses. AurĂ©lie a Ă©tĂ© très affectĂ©e par la fin de saison et par sa relation avec son vestiaire qui ne l’a pas suivi. Et aucune joueuse n’a souhaitĂ© rester au club. Il n’y a plus autant d’attachement aux clubs qu’avant. Elles ont toutes retrouver un club et tant mieux. Donc on reconstruit et c’est peut-ĂŞtre mieux pour le nouvel entraĂ®neur..

« Avec seulement la possibilité de 4 mutés en repartant de zéro, on doit faire des paris »

Parlons-en justement de Matthieu Trouvay

On voulait couper avec les profils prĂ©cĂ©dents. On a pris un nouvel entraĂ®neur plus jeune qui connaĂ®t et comprend la jeune gĂ©nĂ©ration. Il a connu sa première expĂ©rience en NF1, ca s’est bien passĂ©, et puis il a aussi grandi auprès d’HervĂ© Coudray qui est reconnu dans le milieu. On s’est dit que ça pouvait ĂŞtre la bonne personne pour dĂ©marrer un nouveau challenge.

Nouvelle Ă©quipe mais des noms connus

Oui, la difficultĂ© en redescendant, c’est qu’on a le droit qu’Ă  4 mutĂ©s. En repartant de zĂ©ro, ce n’est pas simple. Le règlement est comme ça. Donc il a fallu ĂŞtre malin et profiter d’opportunitĂ©s. Sarah Saint-Martin connaĂ®t le club et le nouvel entraĂ®neur puisqu’elle jouait avec lui l’an passĂ©. S’appuyer sur une joueuse qu’on connaĂ®t c’est important pour un club. MaĂŻmouna Ba revient aussi. Elle est non mutĂ©e parce qu’elle n’a pas eu de licence la saison dernière. On connaĂ®t son Ă©tat d’esprit et son talent. Quand elle Ă©tait arrivĂ©e chez nous, elle Ă©tait complètement saturĂ©e. LĂ , elle a retrouvĂ© de la motivation. Idem pour Carla Mbaye, la soeur de Stepha qui avait choisi une nouvelle voie et qui reprend le basket.

Ce sont des paris…

C’est vrai, y compris pour notre amĂ©ricaine, Karima Ortiz. Elle est sortie de l’universitĂ© il y a un an. Elle a Ă©tĂ© diplĂ´mĂ©e l’an dernier pour enseigner un an dans son universitĂ©. Le problème des Etats-Unis, c’est qu’il n’y a pas de championnat une fois sorti de l’universitĂ© hors WNBA. Elle a souhaitĂ© reprendre le basket. C’Ă©tait une opportunitĂ© pour nous en tant que non mutĂ©e. On va devoir ĂŞtre patient. Sur le papier c’est intĂ©ressant, mais il faudra que la mayonnaise prenne et on sait que c’est difficile de remonter rapidement.

« On va customiser René Tys un peu plus à notre image pour que ça devienne notre salle. On repart sur un vrai projet pour que le basket féminin prenne vraiment sa place à Reims »

Surtout dans un championnat aussi dense…

Oui, la NF1 ce sont deux poules de 12 Ă©quipes, et l’annĂ©e prochaine il n’y a que les deux premiers de chaque poule qui montent. Dans l’Ă©volution du règlement, il y aura un barrage dont on ne connaĂ®t pas encore bien les modalitĂ©s, donc ce ne sera pas simple.

La reprise est prévue pour quand ?

L’ensemble de l’effectif est attendu dĂ©but aoĂ»t. La reprise est prĂ©vue le 7 aoĂ»t avec ensuite quelques matchs amicaux pour se prĂ©parer Ă  dĂ©marrer le championnat le 21 septembre. Cette annĂ©e, on commence plus tĂ´t et on finit plus tard. C’est un avantage parce que la saison sera plus Ă©talĂ©e. Et puis il y aura une coupe de France qui rapporte des points pour le championnat. On verra ce que ça donne selon les tirages au sort. On va jouer Ă  fond.

Le Champagne Basket repart aussi d’une page blanche chez les garçons ? Quelle sera la relation entre les deux sections ?

On avait un projet initiĂ© pendant le Covid avec GrĂ©goire Lefebvre. Il n’est pas allĂ© Ă  son terme. Moi-mĂŞme je faisais partie du comitĂ© de direction de garçons et on a dĂ©missionnĂ© pour laisser la place Ă  une nouvelle Ă©quipe. C’Ă©tait important de relancer une nouvelle dynamique avec une nouvelle Ă©quipe. Michel Gobillot a oeuvrĂ© vraiment fortement pour le club, mais il fallait du renouvellement. Le retour Ă  Châlons est aussi important pour le club parce que les garçons s’entraĂ®naient dans une salle oĂą ils ne jouaient pas. Ca va nous permettre d’investir la salle Lavergne Ă  RenĂ© Tys et la customiser un peu plus Ă  notre image pour que ça devienne notre salle. On a le soutien des collectivitĂ©s. On repart en tant que RĂ©mois pour essayer que le basket fĂ©minin prenne vraiment sa place ».

Vous gardez l’entitĂ© Champagne Basket FĂ©minin en revanche…

Oui, on ne va pas dĂ©truire tout ce qu’on a construit avec les garçons. Disons que c’est un divorce Ă  l’amiable avec la possibilitĂ© de garder des partenaires communs. L’idĂ©e c’est que la nouvelle Ă©quipe du Champagne Basket trouve son objectif et son projet avec son schĂ©ma Ă©conomique. Le plus important c’est le dĂ©veloppement du basket dans la Marne. Il n’y a pas de concurrence. RenĂ© Tys est une belle salle, ce sera une des plus belles pour le basket fĂ©minin.