Kendrick Jean-Joseph sur le toit du monde

Escrime — par Charles Hoffsess, le 14 avril 2021 (13:01)

Crédit photo : Augusto Bizzi / FFE / FIE

Présent en Égypte avec l’équipe de France pour vivre l’une de ses dernières compétitions chez les juniors, l’escrimeur du Creps de Reims ne pouvait pas rêver mieux. Ce vendredi 9 avril, au terme d’un tournoi riche en émotions, le Martiniquais Kendrick Jean-Joseph est devenu champion du monde M20. De quoi clore son passage rémois de la meilleure des manières. Depuis, le jeune homme est sur son petit nuage. 

Et un, et deux, et trois ! Au Caire, Kendrick Jean-Joseph (19 ans) s’est offert la plus belle victoire de sa jeune carrière en devenant champion du monde junior en épée. C’est la troisième fois de suite qu’un Français monte sur la plus haute marche du podium dans la catégorie. « Être sur la boîte et entendre la Marseillaise, c’est toujours un moment spécial. À ce moment là, je me suis dit qu’en étant Antillais, j’étais vraiment fier de représenter la France et la Martinique », savoure le pensionnaire du Creps de Reims. Depuis ce vendredi 9 avril, jour de son sacre, le Rémois d’adoption commence à réaliser l’ampleur de sa performance. « Quand je suis rentré, mes parents m’ont dit qu’ils avaient reçu des invitations par des médias Martiniquais. Moi aussi j’ai été sollicité pour des interviews. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à réaliser ». Seul tricolore à avoir décroché l’or, toutes armes confondues, le natif de Fort-de-France n’oublie pas pour autant les sacrifices qu’il a dû faire pour en arriver là. « Ces trois années à Reims n’ont pas toujours été faciles. Les dernières semaines d’entraînement non plus. Il y avait la fatigue et aussi le fait que je ne suis pas souvent rentré chez moi à Lyon », explique le jeune athlète.

Le titre au bout du suspens 

Dans le pays des Pharaons, l’épéiste licencié à Levallois est allé au bout de lui-même pour décrocher le Graal, son « rêve depuis tout petit ». Un succès construit en amont avec son entraîneur Jérôme Roussat. « Je suis fier d’évoluer sous ses ordres », souligne le Martiniquais avant de poursuivre : « Cette victoire est aussi pour le groupe ». Un groupe soudé, soutien de tous les instants tant la journée n’a pas été simple. « J’ai eu un tour de poule pas facile. J’ai perdu face à un Ukrainien qui a su me faire déjouer (seule défaite du tournoi). Mais je ne me suis pas posé de questions, ça m’a mis dedans, ça m’a réveillé », lance le jeune homme. Sorti 31e des qualifications, Kendrick Jean-Joseph a ensuite enchaîné les victoires. D’abord face à un Kirghize (15-10), puis contre un Libyen (15-13). Ensuite, le représentant de la Cité des Sacres a pris le meilleur sur le Suisse Ian Hauri (2e après les poules). « J’avais déjà perdu une fois contre lui. J’étais mené 13-14 mais je n’ai pas douté ». Le sociétaire du Creps de Reims renverse alors la situation (15-14). Bis repetita le tour suivant. L’escrimeur Français prend le meilleur sur le Russe Artem Sarkisyan au bout du suspens (15-14).

En quart de finale, il s’impose (15-13) face au Suisse Hadrien Favre, membre du Top 20 mondial. « À ce moment là, je sais que j’ai une médaille, que je vais monter sur la boîte. C’est ma meilleure performance ». Malgré des crampes et la fatigue qui commence à se faire sentir, le Rémois d’adoption, encouragé par son clan, est déterminé à poursuive sa moisson. « Je me suis dit que ce n’était pas le moment de lâcher. J’avais envie d’inscrire mon nom à côté de ceux de Luigi Midelton et Ulrich Robeiri », glisse le Martiniquais. En demi-finale, le tricolore fait plier à la mort subite l’Égyptien Mohamed Elsayed (12-11). Émoussé physiquement, le futur champion du monde débute timidement sa finale contre Mohamed Yasseen, autre local de l’étape. Mené de trois touches (4-7) dans cette opposition de style, Kendrick Jean-Joseph inverse la tendance et s’envole vers le sacre (15-13), avant de s’effondrer en larmes.

Et maintenant ?

Ce titre acquis durant sa dernière année chez les juniors, l’épéiste espère désormais pouvoir rejoindre l’INSEP. « Ce sont les entraîneurs qui décident », concède l’Antillais. Sa récente performance devrait pouvoir lui ouvrir les portes de cette usine à champions où se côtoie le gratin de l’escrime français. Là-bas, au sein du célèbre centre de l’Institut national du sport, les athlètes se préparent pour les Jeux Olympiques. Les JO ? L’ancien membre de la salle Durandal de Fort-de-France en rêve aussi. « J’aimerais les gagner en individuel mais aussi en équipe parce que je n’ai pas forcément assuré (les Bleus se sont classés 7e de ces championnats du monde juniors). Je m’en veux encore, j’aurais bien aimé partager une médaille avec les copains. J’espère me rattraper ».

Au-delà de l’aspect sportif, Kendrick Jean-Joseph veut mettre à profit sa notoriété grandissante pour lutter contre le racisme. Tout au long de la compétition, le membre du Levallois Sporting Club Escrime portait un t-shirt avec l’inscription « everybody vs racism ».