Crédit photo : Ville de Reims

Dr. Alexandre Feltz : “Il faut un financement national du sport sur ordonnance”

Le samedi 24 septembre dernier s’était déroulé la 2e édition des assises du sport au stade Delaune, à Reims. L’occasion pour les clubs et acteurs du sport local de se réunir autour d’une thématique devenue enjeu sociétal : le « sport santé bien être ». Parmi les problématiques soulevées, le sport sur ordonnance. Entretien avec son créateur, le Docteur Alexandre Feltz, aussi adjoint délégué aux sports à la ville de Strasbourg.

NOTRE DOSSIER SPORT SANTE

Le sport santé à l’honneur des Assises du sport 2022
L’importance de la prévention par l’activité physique
A Reims, zoom sur l’accompagnement des structures qui souhaitent s’engager dans le sport santé
Exemples de dispositifs pour favoriser la pratique pour tous à Reims

Docteur, la loi permettant la prescription d’un activité physique sur ordonnance date de 2016. Quel premier bilan peut-on en tirer ?

Il est mitigé. Bien sûr des prescriptions sont réalisées, sans doute plusieurs centaines de milliers depuis le début de l’expérience à l’échelle nationale. Mais comme la maladie chronique est très importante en France, on estime que 20 millions de personnes sont touchées, cela veut dire qu’il reste encore un delta très important. Je ne crois pas que ce soit la connaissance du dispositif qui pose souci, c’est plutôt l’organisation et le financement qui n’est pas national. Cela monte en charge depuis quelques années par exemple à Reims. Mais cela dépend des financements locaux, et ce n’est pas harmonisé, même si les maisons du sport santé représentent une avancée, qui sont des lieux de coordination et qu’on retrouve dans quasiment tous les département.

Qui doit prendre en charge et comment harmoniser justement ?

Aujourd’hui, les demandes vont vers l’Assurance Maladie puisque l’activité physique à visée de santé pour les malades est bon évidemment pour les malades mais aussi pour la société parce qu’ils diminuent leur prise médicamenteuse et donc le remboursement par la sécurité sociale. Dans le Grand Est, l’Etat via l’Agence Régionale de Santé, met des moyens conséquents pour “prescrimouv'”, mais dans d’autres régions, il n’y a quasiment rien, et cela est regrettable.

“Le Covid a aggravé la sédentarité. Le médicament “activité physique” est efficace en prévention primaire y compris pour les jeunes”.

Pour les moins bien informés, à qui ça s’adresse le sport sur ordonnance ?

La loi a ouvert les possibilités. C’est le médecin traitant mais aussi tous les médecins qui concourent à la prise en charge qui peuvent prescrire. Et cela concerne toutes les personnes qui sont en affection longue durée – ce sont des maladies chroniques identifiées par l’assurance maladie – et aussi l’hypertension, l’obésité ou encore la prévention des chutes ou de la dépendance pour les personnes âgées. Donc ça correspond à 25 ou 30% des habitants d’un territoire.

Est-ce que ça peut aller plus loin ? On sait que le Covid a causé beaucoup de tord concernant la santé mentale.

Ca l’est déjà dans certaines villes. Les maladies psychiatrique sont en affection longue durée et la santé mentale est un critère d’inclusion au dispositif depuis le Covid, effectivement. C’est ce qu’on appelle la prévention tertiaire, et je pense que c’est important de dire que le médicament “activité physique” est efficace en prévention primaire. Egalement chez les jeunes, parce que le Covid a aggravé la sédentarité et l’inactivité physique. Le télétravail n’a plus permis de poursuivre l’activité de déplacement, donc il y a beaucoup d’indicateurs qui sont problématiques, notamment l’obésité infantile qui est en explosion notamment en Europe. Les 30 minutes quotidiennes d’activité physique sont un médicament non seulement pour les malades mais aussi en prévention pour toute la population.

D’ailleurs, il faut séparer le sport performance et l’activité physique de prévention..

Oui, l’activité physique à visée de santé, c’est d’abord la marche, à la limite de l’essoufflement. Le vélo est aussi très sport santé en prévention et en soin. Et puis ce sont des activités plus structurées mais qui sont adaptées comme le basket santé, la gym santé, le karaté santé. Ils ont des règles un peu différentes, mais l’élément fondamental, c’est l’intensité.

“Là, il y a de la compétition, il faut faire un peu de place pour le sport santé et puis créer des lieux spécifiques pour permettre la pratique d’activités régulières et modérées.”

Une fois prescrite, il faut que le patient puisse trouver l’activité. Est-ce qu’aujourd’hui, les éducateurs sportifs, les clubs ou les associations jouent le jeu ?

Là où c’est organisé et financé, oui ! Sinon, pas vraiment. Ca veut dire que dans plusieurs villes, comme Reims, il y a des appels à projets chaque année pour que les associations puissent répondre et ouvrir des créneaux. Il y a beaucoup d’éducateurs formés spécifiquement qui cherchent du travail, parce que le problème, ça reste le modèle de financement de ces thérapies non médicamenteuses, alors qu’elles sont au moins aussi efficaces, parfois plus que certains médicaments.

L’autre problématique, c’est la capacité des municipalités à dégager des créneaux de disponibilité. Qu’en est-il de ce point de vue ?

Il y a deux axes. Le premier, c’est le choix des Maires et de leurs adjoints aux sports notamment, de parvenir avec les structures à dédier des créneaux plutôt au loisir, aux personnes âgées, aux malades chroniques. Les arbitrages ne sont pas toujours simples à faire. Et puis il faut sans doute investir dans des structures plus spécifiques et qu’il faut parfois inventer. A Reims, la maisons Sport Nature a des créneaux ou des espaces dédiés. Là, il y a de la compétition, il faut faire un peu de place pour le sport santé et puis créer des lieux spécifiques pour permettre la pratique d’activités régulières et modérées.

Il faut aussi parler des territoires plus ruraux où on parle souvent de désert médical. Quid de ce sujet ?

Vous avez raison, c’est un sujet. Les téléconsultations à visée de santé pour l’activité physique peuvent parfois être une réponse. Mais la réponse la plus importante, c’est clairement d’investir sur les professionnels de santé de premier recours, c’est-à-dire les médecins généralistes, infirmières, kinés, etc. Il en manque dans la ruralité mais aussi dans certains quartiers dits populaires. Il faut investir en ce sens, c’est une réalité.

“Il faut une politique très volontariste sur les modes de déplacement actifs et l’activité physique de prévention. Ca veut peut-être dire moins de moyens sur le sport de compétition”.

Avec l’approche des Jeux de Paris en 2024, on évoque de plus en plus le design actif, ces espaces publics aménagés pour inciter à l’activité physique et sportive

Evidemment, cela complète les parcours santé urbain, avec des agrès en accès de libre, comme des salles de sport en plein air avec des circuits urbains. C’est de la prévention primaire et avoir une ville plus verte et donc créer une ville sport santé. C’est bien sûr important d’encourager ces espaces.

Que faut-il faire pour aller plus loin désormais ?

Il y a deux axes complémentaires. Il faut une politique très volontariste sur les modes de déplacement actifs et l’activité physique de prévention. Ca veut peut-être dire moins de moyens sur le sport de compétition, le plus médiatique. Et il faut un financement national pour les malades du sport sur ordonnance puisque l’activité physique a montré son efficacité. C’est important pour la santé des malades et pour la santé de la sécurité sociale. Une petite partie de l’héritage des Jeux de Paris sera dédié à cela. C’est bien, mais il faut aller plus loin.