Georges Hébert, Reims aux sources de l’éducation physique du XXe siècle.

Carte Blanche, Magazine — par Fabien Moretto, le 9 avril 2018 (16:28)

Deuxième épisode de notre série sur la toponymie sportive rémoise. Après Marcel Thil, un lieu bien connu des amateurs d’athlétisme et qui a reçu le nom d’un des pères de l’éducation physique du XXe siècle. Mais pour retrouver les traces du passage de George Hébert à Reims, c’est vers le sud et le Parc de Champagne qu’il faut se diriger…

 

Mais ne brûlons pas les étapes. George Hébert naît à Paris en 1875, il intègre l’Ecole Navale à 18 ans et devient rapidement lieutenant de vaisseau dans la Marine Nationale. C’est dans l’armée qu’il s’intéresse à l’importance de la condition physique pour la santé des militaires. Il est influencé dans ce sens par un grand docteur français contemporain, Paul Carton qui va développer une théorie sur l’hygiène de vie et les comportement nuisible pour la santé. C’est ainsi que Georges Hébert ne va plus utiliser le sport uniquement comme moyen de renforcement du corps des soldats mais également comme outil de prévention sanitaire. Il devient par exemple directeur de l’école de gymnastique et d’escrime des fusiliers marins de Lorient en 1904, il y testera activement ses théories.

De son observation des comportements sportifs des marins-soldats, il va tirer un premier ouvrage L’éducation physique raisonnée (1907). Ce sont les premier fondements écrits de la Méthode Naturelle qu’il développera tout au long de sa vie. En résumé c’est une pratique sportive qui doit se rapprocher au mieux de la nature afin de faire des Hommes de la Nature, c’est à dire des hommes suffisamment solide pour affronter la nature hostile. C’est ainsi que les exercices se pratiqueront dehors par grand froid ou en plein soleil et souvent dévêtus. C’est une « idéologie » sportive et sanitaire qui s’oppose à la gymnastique suédoise très en vogue à l’époque.

La même année, un certain Marquis Melchior de Polignac, directeur de la prestigieuse maison Pommery entreprend la construction du Parc Pommery. C’est un témoignage du paternalisme industriel de cette période, l’idée est de fournir aux employés des caves un espace où respirer le grand air. Le Marquis est également un grand mécène du sport rémois, il organise notamment certains des grands meeting d’aviation qui feront la renommée de Reims dans le domaine et est membre du comité international olympique.

 

La création du Collège d’Athlètes de Reims

 

Dans l’armée les théories de Georges Hébert font mouche et il est nommé directeur des exercices physiques de l’armée Française. En parallèle il continue de publier, avec succès, livres et articles vantant sa méthode. Le Marquis de Polignac, séduit par son enseignement, lui offre ainsi la direction du premier collège d’athlètes qu’il vient de créer. Pour schématiser au maximum, ce collège d’Athlète est un ancêtre de l’INSEP, un lieu où les grands sportifs de l’époque, à l’image de Jean Bouin fraîchement médaillé olympique, viennent s’entraîner dans des installations de pointe pour l’époque. L’objectif est alors de préparer les athlètes français aux Jeux Olympiques prévus en 1916 à Berlin. Il est inauguré en grande pompe en présence de Raymond Poincarré, président du conseil et du Baron de Coubertin. C’est ainsi que l’histoire de Georges Hebert croise l’Histoire du sport rémois.

 

Jean Bouin en plein exercice sous la direction de Georges Hebert en 1913 au Collège d’Athlètes de Reims.

 

Malheureusement la première guerre mondiale vient rapidement mettre un terme à l’expérience. Hébert est blessé au combat et, comme une grande partie de la ville, les installations sportives sont en grandes parties détruites. Au sortir de la Guerre, il se consacre à la diffusion de sa méthode à la société civile et l’Hébertisme devient une base de l’éducation physique française au point que le régime de Vichy en fera sa méthode officielle. Georges Hébert décède en 1957, laissant derrière de nombreuse publications et une méthode qui aura influencé l’histoire et la pratique du sport en France… et à Reims.

Sur la photo, en toge, vous pouvez reconnaître le lieutenant Georges Hebert (à gauche) et Jean Bouin au Parc Pommery lors de la brève aventure du Collège d’Athlètes.

Cet article a été écrit à partir d’un article qui avait été publié dans le magazine papier de Sport Club que vous pouvez (re)découvrir ici : https://fr.calameo.com/read/002977739ea773bde8073

Les deux photographies sont issues des fonds de la BNF numérisés sur le génial site Gallica .