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Malika Tahir : “J’espère que Lorine Schild ira aux Jeux, parce que c’est son rêve”

A l’heure des bilans de la saison de patinage artistique, Sport Club a eu l’occasion de s’entretenir avec Malika Tahir, coach de Lorine Schild. Vous pouvez retrouver cet entretien dans le replay de l’heure omnisports du talk de Sport Club du lundi 7 avril 2025

Malika, on arrive en fin de saison, et elle a été très riche…

Oui, et on a atteint tous nos objectifs donc on va dire que c’est une belle saison.

Elle s’est terminée ce week-end à Courbevoie par les championnats de France des clubs. Et Reims y a encore performé avec une 8e place sur 26 clubs. Quelle satisfaction ça génère pour toi ?

C’était la première fois cette année qu’on ne jouait pas le challenge parce qu’on n’avait pas de patineur en 3e division à présenter. Donc notre objectif, c’tait que notre équipe de D2 se comporte correctement et soit sélectionnée sur ces championnats de France des clubs, ce qui a été le cas. Et puis le second objectif c’était de gagner en D1, ce qui a également été le cas, donc nous sommes ravis de ce championnat de France des clubs.

“ce qui est plus difficile dans les générations qui arrivent, c’est de donner peut-être plus l’envie aux parents de suivre qu’aux enfants”

D’ailleurs, on peut dire que ça pousse derrière avec des jeunes qui peuvent peut-être se servir du modèle qu’ils ont un peu au-dessus d’eux ? C’est cela qui fait le succès du club ?

Oui, nous avons Eve Dubecq et Gianni Mottila qui ont été champions de France juniors dans leur catégorie respective. Ils ont participé aux Mondiaux juniors de façon très compétitive, ils ont fait leur boulot mais les autres étaient meilleurs. Mais l’objectif fixé pour cette année a été atteint. Donc oui, les jeunes du club peuvent se référer tant à Eve et Gianni qu’à Lorine qui était sur le cursus senior cette année.

Ça fonctionne pour les jeunes ce principe de s’appuyer sur les plus grands en se disant “moi aussi je peux le faire, et j’ai compris qu’il fallait travailler pour ça, donc je vais me donner du mal pour que ça marche aussi pour moi” ?

Oui alors je ne cache pas que le plus difficile dans les générations qui arrivent, c’est de donner l’envie aux parents de suivre qu’aux enfants. Et c’est ça qui aujourd’hui pèse un peu dans la balance. On se rend compte que c’est plus compliqué pour les générations actuelles. Mais je pense que ce n’est pas compliqué vis à vis des enfants.

“Lorine a fait son boulot et de façon vraiment honorable à Boston, car les filles devant, c’est vraiment du haut niveau”

D’ailleurs quand on démarre et qu’on va de patinoire en patinoire, qu’est-ce que cela représente en termes de budget ?

C’est sûr que c’est un coût énorme ! Même quand on parle de Lorine… Elle est accompagnée, bien sûr, avec des subventions, une convention établie avec la Fédération Française des Sports de Glace, la MRP (Maison Régionale de la Performance), qui nous accompagne et nous aide. Mais ses parents ont besoin de l’aider financièrement. C’est-à-dire que ses subventions et sa convention ne suffisent pas. L’autre défi, c’est la fermeture de la patinoire entre mai et septembre, qui nous oblige à louer de la glace à l’extérieur. Non seulement c’est un coût, mais ça ne tombe pas spécialement bien par rapport aux horaires scolaires donc c’est toute une organisation.

Revenons sur les championnats du monde à Boston avec Lorine Schild. Les enjeux étaient importants et Lorine fait top 15 à un an des JO d’hiver. Comment tu appréhendes cette performance ?

Déjà, ce qu’il faut savoir, c’est qu’en plus d’être un championnat du Monde, c’est que c’était aussi un championnat qualificatif pour les JO pour tous les athlètes du monde. C’est-à-dire que c’était là que tu pouvais ramener ou non un ou des quotas pour ton pays. Donc c’est pour cela qu’il y avait un enjeu et un stress supplémentaire sur ces Mondiaux.

Et pour que les choses soient claires, le quota, c’est pour la France, pas forcément pour Lorine à l’heure où on se parle ?

Exactement ! Lorine a été qualifiée pour les Championnats du Monde, elle a fait son boulot et de façon vraiment honorable là-bas car les filles devant, c’est vraiment du haut niveau. Mais c’est vrai que ce quota revient d’abord à la France, pas directement à Lorine, qui devra montrer la saison prochaine que c’est elle qui doit représenter la France sur ces Jeux.

“J’espère pour Lorine qu’elle ira aux Jeux, parce que c’est son rêve (…) et que je veux vraiment l’accompagner dans ce rêve. Ca me tient d’autant plus à cœur que je la connais depuis qu’elle a quatre ans.”

Toi qui Lorine, elle donne l’impression d’avoir atteint un degré supplémentaire de maturité à toute échelle, artistiquement, sportivement, et dans son approche d’une grande compétition. La suite logique ce serait les Jeux de Milan Cortina d’Ampezzo, non ?

Je l’espère pour elle, parce que c’est son rêve, son objectif et je veux vraiment l’accompagner dans ce rêve. Ca me tient d’autant plus à cœur que je la connais depuis qu’elle a 4 ans. Je pense que cette année lui aura servi encore plus que les autres, parce que depuis le mois d’août, elle s’est mise une pression énorme pour justement être qualifiée sur ces Championnats du Monde, aller chercher ce quota pour la France, même si elle savait qu’en allant chercher le quota, il ne lui était pas rétribué directement. Je pense que toute cette année, avec des doutes, avec des petites blessures ça aura été très constructif pour elle, et je pense qu’elle sera encore plus forte la saison prochaine.

En la suivant d’ici, à Reims, on a l’impression qu’hors blessure, elle a trouvé plus de régularité…

Alors il y a eu un petit passage à vide, sur le Grand Prix de France au mois de novembre où elle aurait pu faire mieux. Elle s’est vite reprise sur le deuxième Grand Prix en Finlande. Et après, ça a été des choses à gérer au quotidien par rapport à l’entraînement où elle s’est mise une telle pression et une telle exigence qu’elle s’accordait très peu de droit à l’erreur. Et donc on sentait un énervement qui venait beaucoup plus facilement qu’habituellement. Mais je pense que tout cela lui aura permis de grandir.

A titre perso, comment émotionnellement tu vis les moments que tu partages avec Lorine ?

J’essaye de ne pas faire ressortir mon stress. Donc déjà, je travaille sur moi-même pour qu’au moment où on va aborder la compétition, l’athlète, que ce soit Lorine ou un autre, sente que j’ai confiance. J’essaye depuis leur plus jeune âge de leur expliquer qu’ils vont réussir. C’est un peu le modèle américain. Même si l’entraînement est dur, la compétition, c’est pour prendre du plaisir. Et émotionnellement c’est énorme. Quand Lorine finit son programme court et qu’on sait qu’elle rentre dans les 24 premières, on sait que le quota n’est pas loin. C’est très intense. Et quand ce sont mes patineurs qui patinent, ça passe très vite par rapport à quand je regarde d’autres concurrents ou ça peut être plus long. Je pense qu’à ce moment là, je suis à fond avec eux, j’ai des montées d’adrénaline de dingue.

“On était dans le TD Garden (salle de l’équipe NBA des Celtics) devant 15 000 personnes (…). Le public était en interaction très forte avec l’athlète et ça c’est simplement extraordinaire à vivre.”

Mais c’est génial à vivre, non ?

Oui et Boston c’était tout simplement extraordinaire. On était dans le TD Garden (salle de l’équipe NBA des Celtics) devant 15 000 personnes. On avait déjà connu ça au Japon. Sauf que le public américain, et même l’organisation américaine, c’est beaucoup plus dans le show. C’est avec beaucoup de musique très forte, le public est en interaction très forte avec l’athlète et ça, c’est tout simplement extraordinaire à vivre.

Maintenant, place aux stages, la préparation de la prochaine saison qui on l’a compris est forte en enjeux et en stress. On est au mois d’avril, qu’est-ce qui va se passer pour toi, l’équipe qui t’entoure et les jeunes ?

Alors pour Lorine déjà, elle part lundi prochain au Japon car les 6 meilleures nations sont invitées à disputer les Championnats du Monde par équipe. Donc c’est déjà extraordinaire de se retrouver dans les 6 meilleures nations mondiales. Je suis en contact avec les chorégraphes pour monter les nouveaux programmes des juniors. Et ensuite ça sera les chorégraphes pour Lorine, pour les programme seniors.