crédit photo : Théophane SCHUESTER

des terres battues aux usines de recyclage, les différents destins de la balle jaune

Chaque année, près de 60 000 balles sont utilisées à l’occasion du prestigieux tournoi parisien de Roland-Garros. Face aux nouveaux enjeux écologiques, de plus en plus présents, notamment dans le monde du sport, la Fédération Française de Tennis (FFT) mise depuis 2009, en collaboration avec l’association Les Balles Jaunes, sur le recyclage de ces balles mythiques. Enceintes Bluetooth, nouvelles balles, revêtements sportifs spécifiques ou encore patins de chaises en milieu scolaire, que deviennent réellement les balles de Roland-Garros après leur moment de gloire sur les courts ?

En 2008, Roland-Garros représentait une empreinte carbone de 155 860 tonnes de CO₂, dont 95 % étaient dus aux transports, soit l’équivalent d’environ 40 000 allers-retours Paris-Sydney en avion, comme l’indique le site Ekwater. Aujourd’hui, qu’en est-il ?

Même si nous ne disposons pas de données plus récentes concernant l’empreinte carbone globale des autres tournois, il est déjà possible d’observer des progrès grâce aux différentes actions mises en place par l’organisation de Roland-Garros : promotion de modes de déplacement plus durables, alimentation responsable et lutte contre le gaspillage, utilisation d’énergies renouvelables, meilleure gestion de l’eau, réduction et valorisation des déchets, ainsi que développement de projets en faveur de la biodiversité et d’actions de sensibilisation (voir le site pour plus de détails).

recyclage, enjeu majeur

Compte tenu des enjeux écologiques actuels, le recyclage occupe une place majeure, tout comme la balle jaune occupe une place centrale dans le tennis. À Roland-Garros, près de 60 000 balles sont utilisées chaque année. Elles ne pèsent chacune que 60 grammes, mais près de 15 millions d’entre elles sont vendues chaque année en France. Un rapprochement qui peut sembler décousu, mais qui prend tout son sens lorsqu’Ariane Delaide, cheffe de projet Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) à la Fédération française de tennis (FFT), affirme elle-même : « Quasi toutes les balles ont une autre vie après leur première utilisation pendant le tournoi. » Mais alors, que deviennent-elles vraiment ? C’est tout l’objectif de l’Opération Balle Jaune qui fête sa 17e édition cette année. Leur but est de donner une seconde vie aux balles de tennis usagées.

Après avoir eu leur moment de gloire, les balles sont d’abord emmenées au CNE (Centre national d’entraînement), situé à 700 m de Roland-Garros, via un réseau de petites voiturettes, pour être dans un premier temps réutilisées lors d’entraînements. Sauf pour de heureuses élues qui seront revendues dans la boutique officielle du tournoi… Une fois usées, elles sont collectées et rassemblées avant d’entrer dans les usines de recyclage. Là-bas, les balles sont broyées en séparant la feutrine du caoutchouc pour en faire des granulats. Ces granulats peuvent servir à la création de surfaces souples, en particulier des terrains de sport et même des aires de jeux pour enfants. En 2025 fut inauguré le 48e sol sportif conçu à partir de 200 000 balles recyclées à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) pour accompagner les parcours de soins par le sport.

Bien que le dispositif Opération Balle Jaune existe, des chiffres interpellent : 17 millions, c’est le nombre de balles consommées en France en 2024. 1,2 million, c’est le nombre de balles collectées chaque année via l’Opération Balle Jaune. Ces chiffres indiquent qu’environ 10 % des balles sont recyclées en France, ce qui est beaucoup trop peu au vu du nombre de balles consommées, qui peuvent au passage être rejetées dans la nature et mettre près de 400 ans à se dégrader.

les autres solutions

C’est pourquoi d’autres solutions moins connues existent. À commencer par le prolongement de la durée de vie des balles. Certains clubs de tennis, comme celui de Montrouge (92), ont opté pour des pressuriseurs, des dispositifs permettant de prolonger la durée de vie des balles jusqu’à quatre fois plus longtemps selon la marque HEAD.

Au niveau du recyclage, des entreprises comme HearO Speakers ont investi dans la création d’enceintes Bluetooth à partir de la coque des balles de tennis : « Depuis 2018, elle a recyclé et transformé les balles de six compétitions, dont l’US Open et Roland-Garros, quand elle n’a pas créé des collections exclusives où les enceintes étaient dédicacées par les plus grands tennismen. » (d’après le site de Creapills).  Des écoles ont elles aussi sollicité des clubs pour se servir des balles usées comme méthode anti-bruit en les plaçant sous les pieds des chaises. La réduction du bruit dans les écoles est aujourd’hui particulièrement importante dans un contexte où la concentration des élèves est déjà fortement sollicitée par la multiplication des écrans et des sources de distraction. Le ministère de l’Éducation nationale souligne que le bruit peut nuire à la concentration, accroître la fatigue et engendrer du stress.

Les balles, nombreuses soient-elles, méritent qu’on s’y penche puisqu’au-delà d’être jouées, smashées, glissées puis jetées dans des bacs de collecte, elles représentent de réels outils d’aménagement pour des causes sociales.