Depuis 2020, les recherches dans le sport dans le secteur féminin se sont certes multipliées mais restent encore minimes. A placer l’homme comme modèle principal, le monde du sport en oublie parfois les adaptations nécessaires pour optimiser la performance féminine. Les dimensions physiques et le cycle menstruel en font intégralement partie.
“Non, les femmes ne sont pas des hommes au format réduit et vice versa”. Ca, ce sont les mots relatifs aux travaux de l’entreprise allemande Freeletics. Et pourtant, dans le sport, 63 % des études englobent hommes et femmes. 31 % des études comprennent uniquement des hommes et 6 % des études uniquement des femmes d’après des études menées par la Northumbria University de Newcastle. Parmi les explications, les trop nombreux paramètres de variation dus au différentes problématiques féminines. “S’il existe des différences biologiques entre les sexes, elles n’ont d’importance que si les femmes et les hommes s’affrontent directement dans des disciplines impliquant de porter des poids. Sinon, ces différences ne sont rien d’autre qu’un bruit de fond”.
Des propos appuyés par la chercheuse Stacy Sims, physiologiste de l’exercice et spécialiste de la nutrition sportive. Elle est connue mondialement pour ses travaux sur les différences physiologiques entre les femmes et les hommes dans le sport, et pour sa citation “Women are not small men. Stop eating and training like one“. En Français, “les femmes ne sont pas des petits hommes, arrêtez de manger et de vous entraîner comme eux”. Des propos parus dans l’ouvrage “Roar” publié en 2016 et révisé en 2024.
Le gap homme femme
D’après plusieurs témoignages, pour performer dans leur sport, les femmes doivent d’abord savoir identifier les différences avec les hommes. Ces derniers ont généralement une proportion plus élevée de fibres musculaires de type II, connues pour être plus puissantes mais moins endurantes. Les femmes, elles, possèdent généralement plus de fibres de type I, qui privilégient l’endurance à la force. Ainsi, le 7 mai dernier Rachel Entrekin est devenue la 1ère femme à remporter la Cocodona 250 (402 km) en Arizona Elle a même pulvérisé le record absolu du parcours (détenu jusque là par Dan Green en 58h47) en 56h 09’48. Un exploit qui rappelle celui de Jasmin Paris, première finisher de la mythique épreuve de la Barkley. Pour plus de chiffres, en endurance, l’écart de performance entre les femmes et les hommes est d’environ 10 %, et peut parfois se rapprocher de 7 % sur les efforts les plus longs.
Les femmes brûlent plus de gras, moins de glucides et de protéines que les hommes. La masse musculaire représente environ 35 % du poids corporel d’un homme contre 28 % chez la femme, tandis que la masse graisseuse est d’environ 13 % du poids masculin contre 20 % chez la femme. De quoi, une fois de plus, avoir des ressources pour durer. En terme d’alimentation, les femmes ont un métabolisme limité en termes de glycogène et de protéines. Ce qui veut dire qu’elles n’ont pas besoin d’autant de glucides ou de protéines que les hommes, même pour leurs séances d’entraînement.
Des différences apparaissent également dans la manière de réguler la température corporelle. À effort égal, les femmes ont tendance à transpirer moins abondamment que les hommes en situation de chaleur. L’avantage, c’est qu’elles perdent moins d’eau et donc de minéraux indispensables à la performance et donc réduit le risque de désydratation, même si la température corporelle peut s’élever d’avantage.
la femme comme la vie, c’est une question de cycle.
La différence fondamentale reste le cycle hormonal féminin. Mais là où plusieurs peuvent le voir comme une contrainte, il est aussi un levier lorsqu’il est écouté et compris. Chez les hommes, le niveau hormonal est relativement stable et se répète de façon quotidienne. Chez les femmes, le cycle hormonal dure en moyenne 28 jours et se divise en 4 phases, que l’on peut aussi regrouper en 2 grandes périodes. Lors de ces quatre phases, il est crucial d’adapter l’entraînement. Par exemple lors de la phase folliculaire (qui suit les menstruations), les femmes sont plus enclines à des efforts de haute intensité.
A l’inverse, pendant la phase lutéale, qui précède les règles, il est souvent préférable d’opter pour des entraînements plus doux et de porter une attention particulière à la récupération. Pour faire simple, c’est comme si les femmes avaient différentes “cartes” à différents moments du mois, avec des forces qui changent selon la phase du cycle. L’idée, c’est que l’athlète et son entourage apprennent à utiliser ces variations au bon moment pour optimiser l’entraînement et la récupération. Dans le cas contraire, cela peut engendrer stress ou blessures.

Si les entraînements sont adaptés, le coaching doit l’être aussi. Dans les sports collectifs, la communication autour du cycle et des besoins des athlètes est particulièrement importante. Même si ces sujets restent encore souvent tabous au niveau amateur. Dans le sport de haut niveau, ces adaptations sont davantage prises en compte. On observe cependant des cas d’aménorrhée (absence de règles), qui ne sont pas causés directement par un excès d’entraînement, mais plutôt par un déficit énergétique important. 13 à 20 % des athlètes féminines élites présentent une aménorrhée ou un trouble du cycle d’après une étude anglaise.
Toutes ces complexités, le manque de connaissances et des adaptations encore insuffisantes, notamment à la puberté, peuvent expliquer pourquoi de nombreuses adolescentes arrêtent le sport à cette période. Pour autant, l’évolution reste positive, avec une meilleure prise en compte de la physiologie féminine et des recommandations du CIO (Comité International Olympique). Cette dynamique ouvre la voie à des pratiques plus adaptées et pourrait contribuer à réduire l’abandon du sport notamment chez les jeunes filles.