Crédit photo : Quentin Texeira

Le padel a la côte à Reims, et pour un bon moment

A Reims, le padel séduit un public toujours plus large, des sportifs amateurs aux passionnés de nouvelles disciplines. Ce sport de raquette connaît une croissance rapide avec l’ouverture de terrains et l’augmentation du nombre de pratiquants. On vous explique pourquoi le padel s’impose aujourd’hui comme un phénomène.

C’est l’une des disciplines en vogue du moment. Le padel ne cesse de croître depuis que la Fédération Française de Tennis (FFT) a obtenu la délégation ministérielle en 2014. Mais comment est-il arrivé en France ? L’histoire du padel débute en 1969 au Mexique, lorsqu’Enrique Concuera décide de créer un terrain de tennis. Mais à cause du manque d’espace, il crée un terrain plus petit. Il y ajoute des murs aux alentours pour jouer avec et éviter d’aller chercher la balle. Sa femme, Viviana Corcuera rédige alors les premières règles officielles de ce sport.

C’est dans les années 1970 que le padel sort du cadre familial. Alfonso de Hohenlohe a découvert ce sport en 1974 à Acapulco, au Mexique. Il décide de l’importer en Espagne en construisant les premiers courts au Marbella Club, en Andalousie. Julio Menditeguy, membre d’un club andalou, exporte la discipline en Argentine où il s’est développé rapidement. En 1980, naissent les premières compétitions internationales puis dans les années 2000, les circuits professionnels. De quoi amener le padel en France. Très vite, la Fédération Internationale de Padel (FIP) est créée (en 1991), par les fédérations nationales d’Espagne, d’Uruguay et d’Argentine, et organisent les compétitions professionnelles.

Une tendance addictive ?

Le succès fulgurant du padel repose sur une combinaison rare entre accessibilité, convivialité et dynamique économique. Selon le Global Padel Report 2025 (Playtomic & PwC Strategy), plus de 3200 clubs ont vu le jour dans le monde en 2024. Preuve que le padel est aujourd’hui l’un des sports à la croissance la plus rapide. Une expansion qui s’explique notamment par sa facilité de prise en main : « Il est possible de s’amuser dès la première séance, même sans expérience préalable », expliquait un entraîneur espagnol interrogé par Euronews (2026). Un sport ludique encouragé par les vitres et le jeu en double. Cette configuration favorise également une forte dimension sociale.

Pour Davy Sanh, fondateur d’un club à Singapour, le padel est « un sport autant social que physique, où les gens viennent autant pour jouer que pour partager un moment » (Business Insider, 2025). Porté par une médiatisation croissante, l’intérêt de célébrités et l’investissement de clubs privés qui y voient un fort levier de rentabilité (The Times, 2024), le padel dépasse aujourd’hui le simple effet de mode et s’impose comme un nouveau modèle de sport-loisir structuré. Au point que la Fédération Internationale de Padel travaille désormais à son intégration future aux Jeux Olympiques.

Une diversification des pratiquants ou un profil type ?

A Padelshot à Reims, on retrouve plusieurs profils. Mais cela dépend d’un facteur clé. Les horaires, et le tarif qui l’accompagne. Entre 9h30 et 12 ou de 14h à 17h30, en heures creuses donc, il n’est pas rare de croiser des auto-entrepreneurs. Ces personnes qui peuvent gérer leur temps, et qui profitent du créneau pour accéder à des prix avantageux. 12€ par personne pour 1h30 de pratique. En heures dites pleines (12h – 14h et 17h30-22h), le prix grimpe à 15€ l’heure et demie de pratique. Cette fois, sportifs ou non, débutants ou experts, jeunes et moins jeunes se croisent. Des pratiquants toutefois masculin à 70-80%, selon les retours. Si elles sont encore peu nombreuses, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se convertir au padel.

Et le niveau alors ? A Reims, le niveau maximal d’un tournoi est P1000. Correct, même si cela reste loin du très haut niveau. Des tournois qui engagent des pratiquent classés dans le top 1500 français pour les hommes et top 225 chez les femmes. De fait, les tournois rémois sont tous accessibles. Des P25 ou P100, accessibles à tous ou quasiment. Mais plus vous faites des tournois difficiles, plus vous gagnerez de points pour votre classement.

Un sport à saturation à Reims ?

On recense une dizaine de structures à Reims qui propose du padel. De Padelshot à No Ad Padel, en passant par Inside Sport ou 4Padel, y a-t-il pour autant de la place pour tout le monde dans la cité des Sacres ? D’autant que d’autres projets sont en cours. Pas de quoi, pour l’instant, inquiéter le secteur. Au contraire. Si un terrain de padel coûte environ 25.000€ (tandis qu’un terrain de tennis coûte environ 15.000€), la rentabilité se fait sur la location des terrains.

Petit cours de maths : le padel se joue à 4 joueurs, soit 60€ environ l’heure et demie de réservation. Pour comparaison, un terrain de tennis pour 2 joueurs coûte 15€ pour la même durée. Idem pour les inscriptions aux tournois. Comptez 25€ par équipe en padel (avec plus de matchs) contre 20€ pour le tennis (à élimination directe), avec moins de joueurs engagés et une fréquence de compétitions pour rare. Conséquence, le padel est bien plus rentable à long terme. Et une entreprise de padel n’est pas en risque immédiat. Surtout dans une discipline en croissance de licenciés.

Effet de mode ou véritable modèle durable ?

A Reims comme ailleurs en France, le padel ne peut plus être considéré comme une simple tendance passagère. Son développement rapide s’appuie sur des fondements solides : accessibilité immédiate pour les pratiquants, forte dimension sociale, offre compétitive variée et surtout une rentabilité économique attractive pour les structures qui l’exploitent. Pour autant, si l’enthousiasme est aujourd’hui largement justifié, la multiplication continue des infrastructures pose tout de même la question d’une possible saturation à moyen terme. Le défi pour les acteurs locaux sera donc de maintenir un équilibre entre développement et demande réelle, afin que le padel poursuive son essor sans tomber dans une surexploitation qui pourrait fragiliser ce modèle en pleine expansion.

Léandre HENRY